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Le sahara occidental occupé

Le sahara occidental occupé

Actualités sur le conflit du sahara occidental


HISTOIRE

Publié par Hassane A sur 9 Mars 2006, 20:39pm

Catégories : #lesaharaoccidental

HISTOIRE

 

 

1. AVANT LA COLONISATION

L'histoire du Sahara Occidental jusqu'au début de la colonisation espagnole, à la fin du siècle passé, ne peut pas être séparée de l'histoire de l'Afrique nord-occidentale.
En effet, se situant à la frontière entre le Maghreb et l'Afrique Noire le Sahara Occidental devenait le point stratégique des échanges entre ces deux régions. En même temps, par sa position géographique, à l'extrême pointe de l'expansion arabe, et aux limites des grandes routes sahariennes, le Sahara Occidental a pu conserver une certaine originalité tout en participant aux grands mouvements historiques de l'ensemble maghrébin.
Il est toutefois vain de rechercher dans son histoire l'intégrité territoriale d'une nation au sens moderne du mot. Du fait de la nature sociale des communautés nomades, et d'une histoire marquée par les courants ascendants et descendants, l'entité territoriale de ce pays comme celle des autres pays africains n'a pu être définie d'une façon rigide que par l'empire colonialiste. Il est aussi vain de rechercher dans cette région l'origine d'un droit historique de quelque pays voisin. Au contraire, à partir du XIVème siècle notamment, une nette distinction politique sépare cette région du reste de l'Afrique nord-occidentale. En tout état de cause, ce qui fait aujourd'hui du Sahara Occidental, comme de bien d'autres pays, africains ou non, une " nation " et aussi un peuple, ce n'est pas la référence aux frontières du passé précolonial mais d'abord et surtout la volonté de ce peuple de conquérir sa liberté.
Aux temps préhistoriques l'immense désert de l'actuel Sahara était une région relativement favorisée par un climat humide. Cette région était peuplée de négroïdes auxquels se mélangeaient des populations berbères venant de la côte méditerranéenne à travers le Maghreb.
L'assèchement du Sahara, à partir du troisième millénaire avant J.C. provoque la coupure entre les populations noires et berbères. Les premières, sédentaires, s'installent au Sud du Sahara tandis que les secondes, nomades, restent au Nord tout en assurant une liaison entre la Méditerranée et l'Afrique Noire. Cette liaison est bien mise en évidence par la route des chars (retracée suivant les gravures rupestres) qui depuis le sud-oranais et le sud marocain, arrivait à la boucle du Niger en passant par le Rio de Oro et la Mauritanie.
Vers le dernier millénaire avant J.C., les Phéniciens, installés jusqu'au nord de la côte atlantique du Maroc, contrôlent le trafic de l'or venant du Sénégal en empruntant la route du littoral atlantique. Au Vème siècle avant J.C. un Phénicien aurait fait un voyage jusqu'à cap Juby et même jusqu'au Golfe de Guinée L'arrivée des Romains, au IIIème siècle avant J.C., ne perturbe pas trop la vie des populations berbères de la région occidentale du Sahara . Au début de l'ère chrétienne, l'introduction du dromadaire permet de reprendre progressivement les contacts avec l'Afrique Noire, quasiment interrompus après la désertification. Décisive pour toute l'Afrique du Nord, l'invasion arabe s'accomplit par expéditions successives à partir de 640 après J.C. Le Maghreb est atteint dès 647 par Okba ben Nafi, qui aurait même atteint la côte atlantique vers 683. Malgré les résistances berbères à l'invasion militaire, l'islamisation se fait assez rapidement. Au VIIIème siècle la région connaît un grand essor, dû à l'impulsion donnée par la présence arabe au commerce de l'or entre la ville de Sijilmassa (dans la région du Tafilalet dans le sud marocain) et celle de Aoudaghost (dans la région de l'Aouker dans le sud mauritanien).
La partie méridionale ( sud mauritanien et Mali occidental ) vécut sous l'influence du royaume noir du Ghana puis au XIème siècle la région voit la naissance du mouvement almoravide. Le chef berbère de l'Atar, Yahia Ibn Ibrahim, après un pèlerinage à la Mecque, prend l'initiative d'appeler le savant marocain Ibn Yasin afin de prêcher le Coran aux populations de la région. Les disciples de Ibn Yasin se regroupent dans une île près de la côte mauritanienne dans un couvent fortifié ( ribat d'où le nom Al Morabitun, ceux du ribat ). Ils donnent naissance à l'expansion Almoravide qui s'étendra jusqu'à la moitié du XIIème siècle de l'Espagne au Sénégal et de la côte atlantique jusqu'à l'Algérie centrale.
C'est par la suite le tour des Almohades, originaires du Maroc, d'unifier le Maghreb, du golfe de Gabès à l'Atlantique, entre le XIIème et le XIIIème siècle.
Après la chute de la dynastie Almohade, plus aucune dynastie ne sera capable d'unifier le Maghreb. A partir du XIIIème siècle, les Maqil, nomades venant de l'Orient arabe, envahissent le Sud. Au nord, le Maroc se cantonne approximativement dans ses limites actuelles à partir du XIVème siècle. Repoussés au Sud de l'Oued Draa par le sultan marocain de la dynastie mérinide vers 1270, les Maqil occupent progressivement, entre le XVème et le XVIIème siècle surtout, le territoire s'étendant de l'Oued Draa à l'actuelle Mauritanie. Ils entrent en symbiose avec les berbères, nomades eux aussi. C'est de cette union que naît la population actuelle du Sahara Occidental .
Il est difficile de suivre par la suite l'histoire de cette partie de la région saharienne. On peut dire, toutefois, que cette région, qui coïncide avec les limites actuelles du Sahara Occidental , reste à l'écart des ensembles territoriaux déjà constitués: l'empire noir de Sonhay au XVIème siècle, qui allait des salines de Therraza (extrême pointe de la Mauritanie) jusqu'au fleuve Niger, sans pour autant s'approcher de la côte atlantique; et le royaume de la dynastie Alaouite au Maroc (celle qui règne encore aujourd'hui) qui ne dépassera pas, dans ses Iimites méridionales, l'oued Draa).

2. LA COLONISATION EUROPÉENNE

Les îles Canaries constituent la première étape de l'expansion européenne vers l'Afrique, où la pénétration directe par la côte méditerranéenne est bloquée par la présence des états arabes avec lesquels l'Europe entretient des relations commerciales. C'est ainsi que la découverte des îles Canaries en 1309 provoque de nombreuses expéditions, portugaises, catalanes, espagnoles, normandes. A partir du XVème siècle leur souveraineté se dispute entre le Portugal et l'Espagne jusqu'à ce que cette dernière s'en assure définitivement le contrôle.
En 1415 les Portugais établissent à Ceuta la première base européenne en terre africaine. A partir de 1418 les côtes atlantiques sont explorées. Vers 1433/1434 le portugais Gil Eanès touche pour la première fois la côte de l'actuel Sahara Occidental , et arrive jusqu'à Cap Bojador. Quelque temps après le Portugal installe le premier comptoir commercial de la région, dans l'île d'Arguin peu au sud du cap Blanc, puis atteint l'embouchure du fleuve Sénégal.
A la fin du XVème siècle l'Espagne s'assure grâce à la médiation papale, le contrôle des îles Canaries et de la côte africaine, du cap Bojador jusqu'aux environs de l'actuel Agadir, tandis que le Portugal s'assure le contrôle de la côte au sud du cap Bojador. L'occupation espagnole se limite au littoral; malgré une présence militaire, elle n'entreprend jusqu'au milieu du XIXème siècle aucune action colonisatrice vers l'intérieur de la région. C'est à la fin du XIXème siècle que la présence Espagnole devient effective, dans le cadre de la course engagée par les puissances européennes pour la colonisation de l'Afrique.
En 1884, à la suite des expéditions entreprises par Emilio Bonelli, l'Espagne déclare sous sa protection la région du Rio de Oro, allant du cap Bojador au cap Blanc, après avoir conclu- des accords avec les chefs des tribus locales. L'année suivante, à la conférence de Berlin où le partage de l'Afrique est ratifié, l'Espagne voit reconnus ses "droits" sur les territoires du Sahara. Dès 1886 débutent les premières négociations entre l'Espagne et la France pour établir leurs zones d'influence respectives dans l'Afrique occidentale. Elles aboutissent à trois accords successifs:

  • le traité de Paris du 27 juin 1900 fixe les frontières méridionales et orientales du Rio de Oro.
  • la convention de Paris du 3 octobre 1904 fixe la frontière septentrionale englobant le Saguiet El Hamra et la zone de Tarfaya jusqu'à l'oued Draa.
  • la convention de Madrid du 27 novembre 1912 confirme ces frontières et limite celle de l'enclave d'Ifni.

Le Sahara dit Espagnol comprend alors le Rio de Oro, le Saguiet El Hamra et la zone de Tarfaya qui deviendra un protectorat sous le nom de Maroc méridional espagnol. Il faudra toutefois attendre 1930 pour voir l'Espagne occuper effectivement toutes ces régions.

3. LES RÉSISTANCES À L'OCCUPATION ESPAGNOLE ET FRANÇAISE

L'occupation progressive de l'Afrique occidentale provoque la réaction des populations locales. La présence espagnole, limitée aux zones côtières, favorise la liberté d'action et la lutte des diverses tribus sahraouies, ce qui menace l'établissement des puissances coloniales françaises et espagnoles.
Un leader religieux, Cheikh Ma El Ainin, originaire de la Mauritanie, rejoint le Saguiet El Hamra pour y développer la réaction à l'occupation coloniale tant au nord qu'au sud du Sahara. Dans un premier temps il trouve l'appui du sultan du Maroc mais lorsque celui-ci prend définitivement le chemin de la collaboration avec la France, il n'hésite pas à lancer une "guerre sainte" contre le monarque marocain. Il faut l'intervention de l'armée française pour arrêter l'avancée des patriotes, le 23 juin 1910. Le Cheikh meurt quelques mois après, en octobre 1910, mais le combat est poursuivi par son fils El Hiba qui entre à Marrakech en 1912. Utilisant son "droit de poursuite", la France réagit violemment en attaquant les résistants sahraouis dans leur territoire. C'est ainsi qu'en 1912 la ville de Smara est complètement détruite, y compris la célèbre bibliothèque riche de 5000 manuscrits. Le 30 mars de cette même année, la France établit son protectorat sur le Maroc.
De 1924 à 1932 les Sahraouis mènent une véritable guérilla en utilisant la traditionnelle tactique des razzias avec de longs déplacements rendus rapides par la légèreté de l'équipement, la mobilité du dromadaire, et la connaissance du terrain. Ils lancent des attaques inattendues contre les postes militaires dans le désert et même à Nouadhibou. Après la lourde défaite de Moutounsi le 18 août 1932, où un "groupe nomade" français est anéanti, des opérations de grande envergure sont lancées pour pacifier la région. La répression est brutale. Parmi les victimes, Ahmed Ould Aida, l'émir de l'Adrar, région montagneuse de la Mauritanie à l'extrémité de la pointe méridionale du Sahara, est tué en mars 1932 par les autorités françaises pour sa collaboration avec les "rebelles" .
Très active dans la région, la France devient la cible principale des attaques Sahraouies. Elle appelle l'Espagne à la collaboration pour pacifier le territoire relevant de sa compétence. C'est ainsi qu'à partir de 1934, l'Espagne, jusque-là implantée seulement sur la côte, s'installe effectivement à l'intérieur du pays.

4. LES REVENDICATIONS ÉTRANGÈRES

La fin des années 50 représente un tournant dans l'histoire de la région avec la maturation des mouvements d'indépendance africains et arabes. L'Espagne qui est en train de consolider sa présence, notamment avec le début de l'exploitation économique, se trouve ainsi confrontée à un double problème: la reprise de la lutte du peuple sahraoui et les revendications étrangères.
Le 2 mars 1956 le Maroc accède à l'indépendance. Sous l'impulsion du parti de l'Istiqlal, qui a élaboré un an auparavant une carte du "Grand Maroc" allant de la Méditerranée jusqu'au fleuve Sénégal en passant par une partie de l'Algérie, le Maroc commence à réclamer officiellement les territoires sous occupation espagnole et française. Continuant le combat entrepris au sein de l'Armée de Libération Marocaine, les Sahraouis effectuent une série d'attaques jusqu'en Mauritanie. Cette continuation de la lutte armée pour libérer la région met en difficulté l'Espagne. Le Maroc retire alors son appui, mais il faut une opération combinée des armées françaises et espagnoles, pour rétablir l'ordre au Sahara: c'est l'opération "Ecouvillon" de février 1958.
Un décret espagnol du 10 janvier de la même année établit deux provinces séparées: Ifni et le Sahara Occidental. La zone de Tarfaya est "rétrocédée" au Maroc. Administré comme une province métropolitaine, le Sahara est représenté aux Cortès, le parlement espagnol, par trois députés. Le pouvoir est attribué à un gouverneur général dépendant du président du gouvernement, le général Franco. Des élections établies sur une base assez réduite et corporatiste, désignent des conseils provinciaux.
La décision de la France de créer la République Islamique de Mauritanie, le 28 novembre 1958, réanime les ambitions marocaines. La proclamation de son indépendance, le 28 novembre 1960, déclenche une longue querelle entre le Maroc et la Mauritanie qui, à son tour, commence à revendiquer des droits sur le Sahara. Les ambitions marocaines n'épargnent pas l'Algérie engagée dans sa lutte de libération. Après l'indépendance le gouvernement algérien est immédiatement confronté au problème et l'intransigeance marocaine conduit à l'affrontement armé d'octobre 1963.
Les revendications marocaines maintiennent une tension jusqu'en 1970. Après un règlement bilatéral avec l'Algérie puis avec la Mauritanie la rencontre de Nouadhibou, le 14 septembre, permet d'arriver, entre autres, à un accord commun sur la question du Sahara. Chacun admet le principe de l'autodétermination sur la base de la résolution de l'Assemblée générale de l'O.N.U du 16 décembre 1965. Le Maroc semble donc abandonner ses prétentions, un accord avec l'Espagne lui ayant permis d'obtenir en 1969 l'enclave d'Ifni. En échange, l'Espagne maintient sa présence à Ceuta, Melilla et aux îles Jafarines
La question du Sahara, entre temps, est portée à l'attention des instances internationales, et notamment des Nations Unies. L'Espagne, elle, prépare l'exploitation des mines de phosphates de Bou Craa.
Le 16 octobre 1964 le comité de décolonisation de l'O.N.U. adopte une résolution demandant à l'Espagne d'appliquer pour Ifni et le Sahara Occidental, la résolution du 14 décembre 1960 sur l'octroi de l'indépendance aux pays sous domination coloniale. Mais aucune mention n'est faite des revendications du Maroc et de la Mauritanie, ce qui n'engage pas Madrid à traiter avec ces pays. L'année suivante, le 16 décembre, l'Assemblée Générale adopte une résolution qui demande à l'Espagne de prendre des mesures en vue de décoloniser les deux territoires.
Le 20 décembre 1966, l'Assemblée générale de l'O.N.U. approuve une nouvelle résolution invitant l'Espagne à organiser un référendum, sous le contrôle des Nations Unies, de manière à permettre à la population autochtone de s'exprimer librement, et de prévoir le retour des exilés.
Cette même année l'Algérie est appelée à discuter de la question devant le comité de décolonisation de l'O.N.U. en tant que partie intéressée. Elle souligne qu'elle n'a pas de revendications territoriales mais que seule la préoccupe la décolonisation d'un pays limitrophe qui fait l'objet, comme une partie de son territoire d'ailleurs, des convoitises d'un autre pays voisin.

5. LE MOUVEMENT DE LIBÉRATION NATIONALE

La guerre de 1957-58 contre la présence coloniale espagnole fut une authentique manifestation du nationalisme sahraoui, malgré le peu de rayonnement politique du mouvement sur le plan intérieur, la prééminence de l'aspect religieux (jihad) sur l'objectif politique (indépendance) et les manipulation sournoises menées par l'expansionnisme marocain naissant du post-protectorat.
Un élément de poids qui confirme cela: la complicité entre l'Espagne, la France et le Maroc pour étouffer le mouvement sahraoui à travers l' " opération Ouragan ", au cours de laquelle deux cents avions français et espagnols et les forces des armées des trois pays s'unirent pour déclencher une contre-offensive à partir des côtes sahraouies, de la Mauritanie, de l'Algérie et du Maroc. Cette complicité s'illustre aussi par la contrepartie faite par l'Espagne au Maroc en lui cédant la province sahraouie de Tarfaya ( villes : Tarfaya et Tantan) en 1958.
Si après cette guerre perdue le peuple sahraoui fut à nouveau l'objet d'une entreprise d'extermination et de persécution, sa conscience nationale et politique n'a fait néanmoins que s'affermir.
Malgré la grande vigilance coloniale au Sahara et la répression systémique au Maroc, à partir du début des années soixante commença une réorganisation des forces vives nationalistes dans les villes, les centres ouvriers et au sein des réfugiés dans les pays voisins. Ce processus sera matérialisé par la formation d'une organisation politique indépendantiste (et clandestine) dont la tâche fut de réunir et de canaliser les forces et les aspirations populaires. Le Mouvement de Libération du Sahara se développera à l'intérieur et élargira son action à toute la colonie.
Sans recourir à des opérations armées, l'action de la nouvelle organisation commença à se manifester à travers des grèves de travailleurs, des actes de rejet de l'administration coloniale et de ses représentants (comme à l'époque la récente Assemblée Générale du Sahara, la " jemaâ "), des revendications estudiantines à caractères purement politiques telles l'enseignement de la langue arabe et de l'histoire nationale sahraouie, la construction d'écoles, de collèges et d'établissements pour les jeunes, etc...
Vivant dans la clandestinité le mouvement commença à être traqué par l'appareil de sécurité espagnol; en 1969 le couvre-feu fut décrété sur tout le territoire, suivi de nombreux emprisonnements et d'expulsions. La même année, l'ONU demanda à l'Espagne de mettre en application la résolution 1514 pour décoloniser le territoire.
Face à cette situation, le gouvernement colonial monta une opération à caractère publicitaire, le 17 juin 1970 à El Ayoun, en convoquant une manifestation sahraouie pour exprimer l' " adhésion à la Mère Patrie ". La manoeuvre fut décelée par le MLS qui saisissait l'occasion pour manifester explicitement le rejet par le peuple sahraoui du colonialisme et présenter un document dans lequel il demande à l'Espagne qu'elle concède le plus tôt possible l' indépendance au territoire. La manifestation à El Ayoun, quartier de Zemla, à laquelle prirent part des milliers de personnes, se réédita à Smara et Dakhla. Surpris un général espagnol ordonna aux force de la police et de la légion (EL Tercio) de faire disparaître la foule; ce fut le massacre suivi de persécutions et d'emprisonnements de centaines de militants.
Cet événement marqua un nouveau jalon dans l'évolution du Mouvement de Libération Nationale Sahraoui dans la mesure où il n'a pas seulement démasqué le caractère colonialiste du " paternalisme franquiste" et du " provincialisme" mais aussi attiré l'attention des pays de la région, de l'Afrique et du monde, sur l'existence et sur la lutte du peuple sahraoui pour sa liberté. Mais le plus important est que le 17 juin a donné au MLNS une expérience dans la lutte contre la domination étrangère et accéléré la prise de conscience dans les milieux sahraouis marginalisés soit par l'effet colonial soit par la politique d'absorption entreprise au sein des exilés par le Maroc et la Mauritanie.
Réorganisé dans des conditions particulièrement difficiles tout au long des années 1971 et 1972, le Mouvement se transforma en une Organisation armée portant le nom de Front populaire pour la Libération de Saguia el Hamra et Rio de Oro (Front POLISARIO) après un congrès constitutif tenu le 10 mai 1973.
La lutte armée fut déclenchée le 20 mai parallèlement au déploiement d'une action politique d'envergure visant à modifier et organiser tout le peuple en faveur de l'indépendance nationale, expliquer au niveau international la situation de la colonie et solliciter appui moral et matériel à la cause.
Le Front POLISARIO avait dirigé son action contre l'ensemble des piliers du colonialisme (armée, administration, diplomatie et alliances régionales). Après des années d'intense action sur tout ces fronts, l'Avant-garde obligea l'Espagne à reconnaître le droit à l'autodétermination et à l'indépendance; ses troupes abandonnaient de nombreux postes à l'intérieur. Elle renonça à la politique néocoloniale qu'elle se proposait de mettre en oeuvre à travers l'octroi de l' "indépendance" au "PUNS", un parti fantoche créé pour ce but par les services secrets espagnols à la dernière heure, qui n'a pu franchir l'épreuve du soutien du peuple dans sa totalité au Front POLISARIO.
Ce n'est pas un hasard si, durant ces années de maturation de la conscience nationaliste, une foule de mouvements prend naissance et se présente avec éclat sur la scène internationale. Ces prétendus mouvements, appuyés, cautionnés par les gouvernements espagnol et marocain, ont contribué à répandre dans l'opinion publique, européenne en particulier, une image faussée de la situation au Sahara Occidental .
Le premier à se présenter sur la scène est le MOREHOB, le Mouvement Révolutionnaire des Hommes Bleus, né en 1972 au Maroc, dans le but de libérer le Sahara et les présides espagnoles de Ceuta et de Melilla. Son président Eduardo Moha arrive en effet à Alger début 1973. Il y réside quelque temps sans que l'Algérie lui accorde un soutien particulier. Mais bientôt, Moha disparaît d'Alger pour se manifester dans des pays européens et arabes puis revient à Rabat pour y défendre les thèses marocaines. Ainsi est dévoilée sa véritable identité: Bachir Figugi, agent marocain. Du reste le pseudonyme était mal choisi: malgré l'allusion aux Hommes Bleus, le nom de Moha n'a rien de Sahraoui, sans parler du prénom chrétien.
En 1975, on entend parler du P.U.N.S., Parti de l'Union Nationale Sahraouie, lancé par Madrid en Europe et dans les pays arabes. Au Sahara il regroupe quelques notables, des membres de la JEMAA et les députés sahraouis mais, comme les événements postérieurs le démontreront, beaucoup d'entre eux s'étaient ralliés par convenance. De toute manière, ce mouvement reste coupé de l'ensemble de la population.
Puis c'est le tour du F.L.U., Front de Libération et de l'Unité, constitué par des militaires marocains. A Rabat et à Nouakchott naissent et disparaissent d'autres sigles encore qui ne durent que le temps d'un éclair.

6. LA REPRISE DES REVENDICATIONS MAROCO-MAURITANIENNES

En 1974, la situation est à un tournant. La position de l'Espagne sur le plan international, devient difficile. Au Maroc, le roi Hassan II doit faire face à des difficultés internes, et les partis politiques ne manquent pas de l'attaquer sur la "question du Sahara". Les deux pays doivent prendre acte du renforcement du Polisario qui, sans bruit ( sinon celui des armes ) les a pris en contre-pied. L'attente n'est plus une tactique efficace. Alors, les prises de position se succèdent.
Le gouvernement espagnol prend la décision, le 12 juillet 1974, de mettre en application un projet conférant au Sahara Occidental un statut d'autonomie interne.
L'Istiqlal reprend alors avec force sa campagne pour la récupération des territoires occupés. Le 20 août, Hassan II, dans un discours officiel, déclare qu'il s'opposera à un éventuel référendum au Sahara.
Le jour suivant, le gouvernement espagnol modifie son projet initial mais s'engage à organiser un référendum avant juillet 1975.
La tension ne cesse de s'accroître jusqu'à ce que, le 17 septembre, Hassan II annonce le recours à la Cour Internationale de Justice de la Haye. Il veut qu'elle se prononce sur les droits historiques du Maroc au Sahara Occidental. Le Maroc ne cesse pas pour autant ses manoeuvres. Trouvant dans l'Algérie un opposant absolu à toute solution contraire aux principes de l'O.N.U et de l'O.U.A, autodétermination des peuples et intangibilité des frontières héritées de la colonisation, le Maroc prend contact avec l'Espagne et la Mauritanie qui, entre temps, s'est remise à revendiquer "son" Sahara.
En octobre 1974, lors du sommet arabe de Rabat, un accord secret est conclu entre Hassan II et Ould Daddah. Ainsi la délégation mauritanienne appuie, à la 29ème session de l'O.N.U., en 1974, la démarche marocaine visant à dessaisir l'Assemblée Générale du dossier sahraoui pour le remettre à la Cour de La Haye. Cette démarche rencontre l'opposition espagnole mais, à la fin de l'Assemblée Générale, le 13 décembre 1974, est adoptée une résolution et, sans préjudice de l'application du principe de l'autodétermination, il est demandé à la Cour de La Haye un avis consultatif sur la question suivante: "Le Sahara, au moment de la colonisation espagnole, était-il une terre sans maître ? et si non, quels étaient ses liens juridiques avec le Maroc et la Mauritanie ?".
L'Assemblée charge enfin un comité spécial d'étudier la situation dans le territoire et de préparer une mission de visite. Cette mission spéciale de l'O.N.U., composée de représentants de trois pays, la Côte d'Ivoire, Cuba et l'Iran, arrive dans la région au mois de mai 1975.
Le 12 mai, à El Ayoun, à l'occasion de la manifestation populaire organisée pour accueillir la mission, une écrasante majorité des présents proclame son soutien au Front Polisario et revendique l'indépendance du pays.
Les manifestations se succèdent et toutes mettent en évidence une prise de conscience politique de la population. Le "parti espagnol", le P.U.N.S., se révèle comme ayant une réalité populaire pratiquement nulle.
La délégation de l'O.N.U. poursuit sa visite au Maroc. Le Morehob et le F.L.U. lui sont présentés comme mouvements de libération mais ils n'arrivent guère à présenter leurs "mouvements". En Algérie, dans les premiers camps de réfugiés, vers Tindouf, le soutien au Front et à l'indépendance se manifeste à nouveau. En Mauritanie, malgré la mise en scène des autorités mauritaniennes des manifestations de soutien au Front sont mises en évidence.
Le rapport de cette mission de visite de l'O.N.U. est rendu public le 15 octobre 1975. Après avoir rappelé les positions des parties concernées et intéressées, le rapport reconnaît, à propos des opinions de la population elle-même, que «la quasi unanimité s'est prononcée en faveur de l'indépendance et contre les revendications du Maroc et de la Mauritanie" et il ajoute que "le Front Polisario qui était comme clandestin jusqu'à l'arrivée de la mission est apparu comme la force politique dominante dans le territoire. Partout dans le territoire la mission a assisté à des manifestations de masse en sa faveur". Quant aux conditions de règlement du problème, la mission se prononce pour une consultation libre de la population. Elle reconnaît la responsabilité de l'Espagne dans le processus de décolonisation et la nécessité d'éviter toute initiative visant à changer le statu-quo dans le territoire.
Le lendemain de cette publication, la Cour Internationale de Justice de La Haye rend public l'avis consultatif. Tout d'abord la Cour affirme que le Sahara Occidental n'était pas un territoire sans maître ( terra nullius ) au moment de la colonisation espagnole. Quant à la question des liens entre le Sahara et les pays voisins, la Cour reconnaît l'existence, "au moment de la colonisation espagnole, de liens juridiques d'allégeance entre le sultan du Maroc et certaines tribus vivant sur le territoire du Sahara Occidental". Elle reconnaît également "l'existence de droits y compris certains droits relatifs à la terre, qui constituaient des liens juridiques entre l'ensemble mauritanien, au sens où la Cour l'entend, et le territoire du Sahara Occidental." Par contre la Cour conclut que les éléments et renseignements portés à sa connaissance n'établissent l'existence d'aucun lien de souveraineté territoriale entre le Sahara Occidental et le Maroc ou la Mauritanie. En conclusion la Cour affirme qu'il n'existe aucun lien pouvant remettre en cause la résolution de l'O.N.U. de 1960 relative à la décolonisation et à la nécessité de "l'application du principe d'autodétermination grâce à l'expression libre et authentique de la volonté des populations du territoire".

7. L'ACCORD DE MADRID

Le 16 octobre, jour même de la publication du verdict de la Cour de La Haye, Hassan II annonce l'organisation d'une grande marche "pacifique", la "marche verte", de 350.000 personnes vers le Sahara Occidental pour réaffirmer, avec une mise en scène populaire, les revendications marocaines sur le territoire. Le succès des thèses sur l'autodétermination, au plan international, est ressenti par les partis d'opposition marocains qui font alors pression sur Hassan II pour abandonner son attentisme.
Cette "marche verte" devient alors le paravent derrière lequel se joue la véritable scène.
Madrid réagit violemment contre la décision marocaine, mais aussitôt des pourparlers s'engagent entre les deux pays. La "marche verte" est ajournée, ce qui laisse entendre qu'un accord est proche: mais le 6 novembre, les marcheurs pénètrent de quelques kilomètres dans le Sahara pour y rester quelques jours seulement. Cette marche permet au roi de récupérer un certain "soutien populaire" et de cacher l'infiltration de l'armée marocaine - du reste commencée depuis une semaine au moins comme le démontrent les accrochages qui eurent lieu entre le Polisario et les troupes marocaines. Il se peut que cette marche verte servit encore à vaincre les dernières résistances du clan légitimiste espagnol et à présenter comme inévitable à l'opinion publique espagnole un accord qui, s'il n'est pas équitable, permet un désengagement sans affrontement.
Officiellement, l'Espagne réaffirme jusqu'au dernier jour sa position favorable à une solution respectueuse des résolutions de l'ONU. Mais l'Espagne cherche surtout à se dégager sans trop perdre la face et à sauvegarder ses intérêts dans la région. Or tout cela intervient au moment d'une passation de pouvoir fort délicate et l'on ne veut pas que l'affaire du Sahara l'entrave: Franco meurt le 20 novembre.
C'est ainsi qu'un accord tripartite est signé le 14 novembre 1975 à Madrid entre l'Espagne, le Maroc et la Mauritanie. Rendu en partie public quelques jours après, cet accord prévoit "l'institution d'une administration intérimaire dans le territoire avec la participation du Maroc et de la Mauritanie, et avec la collaboration de la Djemaa", et la fin de la présence espagnole avant le 28 février 1976. Il est réaffirmé que "l'opinion de la population sahraouie exprimée par la Djemaa sera respectée". Tout cela est présenté comme une application des résolutions de l'O.N.U..
C'est ainsi que le vieil instrument de la politique colonialiste de l'Espagne est réhabilité pour permettre à son ancien tuteur de se libérer du poids de la décolonisation. Une série d'accords qui ne seront connus que petit à petit sauvegardent les intérêts espagnols. Quant au partage du Sahara, entre le Maroc et la Mauritanie, il devient effectif le 14 avril 1976, jour de la délimitation des frontières officielles.

8. LA NOUVELLE PHASE DE LA LUTTE DE LIBÉRATION

Le Maroc, engagé militairement au Sahara Occidental avant l'accord de Madrid, intensifie la lutte et envahit la zone septentrionale. Profitant du vide laissé par le retrait progressif des Espagnols le Front prend le contrôle de l'ensemble du pays sauf des villes principales, où il est toutefois présent, et où la passation de pouvoir s'effectue entre Espagnols et Marocains. Smara par exemple est remise à l'armée royale le 27 novembre. La relève marocaine rencontre immédiatement la résistance du Front et les quelques centres qui tombent aux mains des Marocains sont abandonnés par leur population qui craint la répression et gagne les zones libres.
Le 10 décembre la Mauritanie entre en guerre aux côtés du Maroc en essayant immédiatement de prendre le contrôle de la Guera; il lui faut 10 jours de bombardements aveugles pour briser la formidable résistance des Sahraouis.
Cette occupation maroco-mauritanienne suscite de nombreuses déclarations d'opposition. De nombreux pays africains et partis progressistes européens se déclarent en faveur de l'autodétermination. Toutefois, l'O.N.U., saisie de la question, n'est capable que de voter le même jour, le 10 décembre 1975, deux résolutions contradictoires, lors de la XXXème session de l'Assemblée Générale. La première résolution réclame l'organisation d'un référendum et demande aux parties intéressées de s'abstenir de toute action unilatérale. La deuxième demande elle aussi le droit à l'autodétermination mais à l'initiative de l'administration intérimaire tripartite, donc, pratiquement, sous le contrôle du Maroc et de la Mauritanie, puisque l'Espagne a déjà clairement affirmé son intention de quitter le territoire.
Le 28 novembre 1975 à Guelta se réunissent plus de la moitié des membres de la Djemaa. A cette rencontre est prononcée la dissolution de la Djemaa, dont les membres présents affirment leur soutien au Front Polisario en tant que représentant du peuple sahraoui, et proclament leur volonté de poursuivre la lutte pour acquérir l'indépendance totale. La déclaration approuve aussi la création d'un Conseil National Provisoire Sahraoui présidé par Mohamed Ould Ziou.
Les derniers effectifs de l'armée espagnole quittent le territoire sahraoui le 12 janvier 1976. Le retrait officiel de l' administration est prévu pour le 26 février, deux jours avant la date fixée par l'accord de Madrid pour ne pas cautionner l'issue du vote des rescapés de la Djemaa organisé par le Maroc et la Mauritanie, que l'O.N.U. refusera d'admettre. La dernière tentative de l'O.N.U. pour régler le problème, la mission de l'envoyé spécial du secrétaire général, Olaf Rydbeck, en Espagne, au Maroc et au Sahara, à partir du 2 février, se solde par un échec. L'envoyé spécial constate l'impossibilité d'une consultation libre de la population. Le 27 février 1976, à Bir Lahlou, le secrétaire général du Front Polisario proclame l'indépendance de la République Arabe Sahraouie Démocratique.
Le premier gouvernement de la R.A.S.D. est aussitôt formé, le 4 mars 1976, sous la présidence de Mohammed Lamine.
Simultanément, pour les Sahraouis, lutte armée et combat diplomatique se poursuivent. Après avoir décrété unilatéralement un cessez-le-feu sur le front Sud, le Front Polisario entame des négociations avec les autorités mauritaniennes. Elles aboutissent à un accord le 5 août 1979 : la Mauritanie renonce à ses prétentions sur le Sahara Occidental . Sur le front Nord, par contre, les combats continuent. Le Maroc adopte la technique des "murs" de sable pour contenir les combattants sahraouis.
Le 22 févriers 1982, la R.A.S.D. est admise officiellement comme membre de l'Organisation de l'Unité Africaine. Progressivement, 73 Etats de par le monde reconnaissent la République Arabe Sahraouie Démocratique. Ce sera ensuite et jusqu'en 1990, la longue succession des résolutions diverses au sein de toutes les instances internationales : O.N.U., O.U.A., Parlement européen... Toutes rappellent le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination et à l' indépendance... Mais, sur le terrain, rien ne change : le Maroc, insensible aux appels de la communauté internationale, poursuit dans une indifférence complète sa politique d'occupation et de répression.

9. PLAN DE PAIX

Le 20 juin 1990, les lumières se rallument, l'espoir renaît : le Secrétaire général de l'O.N.U., Xavier Perez de Cuellar, rend public le plan conjoint de l'O.N.U. et de l'O.U.A pour l'organisation d'un référendum au Sahara Occidental .
Le 27 juin, le Conseil de sécurité de l'O.N.U. adopte sa Résolution 690 qui approuve le rapport du Secrétaire général et crée la MINURSO (Mission des Nations Unies pour le Référendum au Sahara Occidental ).
La machine semble se mettre en marche et le peuple sahraoui voit pointer à l'horizon ce référendum qu'il appelle de ses voeux depuis si longtemps. Le cessez-le-feu est convenu entre les belligérants pour le 6 septembre 1991. Conformément au plan de règlement des Nations Unies, le référendum devra avoir lieu vingt semaines plus tard, soit dans le courant du mois de février 1992.
Plus de cinq ans après, non seulement le référendum n'a pas eu lieu et le Sahara Occidental est toujours sous occupation, mais on estime à plusieurs dizaines de milliers le nombre de Marocains qui ont été invité par leur gouvernement à franchir la frontière et qui sont installés au Sahara afin d'augmenter d'autant les éventuels votants favorables à un rattachement du Sahara au Maroc. Parallèlement à cette politique de peuplement, le Maroc n'a cessé de faire pression sur les Nations Unies pour que soient modifiés les critères de sélection de votants au référendum : le Plan de paix prévoyait que seules les familles recensées par l'administration espagnole en 1974 seraient invitées à prendre part au vote, soit 75 000 personnes environs.

 

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