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Le sahara occidental occupé

Le sahara occidental occupé

Actualités sur le conflit du sahara occidental


Comment rabat saborde les négociations avec le front polisario

Publié par Hassane Le sahraoui sur 18 Septembre 2007, 00:29am

Catégories : #lesaharaoccidental

Dans l’attente du troisième round des négociations Maroc-Front Polisario, il apparaît clair que les Marocains partiront à New York avec les mêmes propositions “autonomistes” d’autant que la presse locale a d’ores et déjà entamé une campagne pour soutenir  “le jeune roi contre ceux qui veulent entraver la réalisation de l’unité territoriale”, allusion au maintien des troupes au Sahara occidental. Cette démarche, qui semble bénéficier du soutien de Paris, Madrid et d’une partie de l’administration américaine, obéit aujourd’hui beaucoup plus à des considérations internes. Et ce n’est pas par hasard qu’une partie de la presse marocaine n’hésite pas à imputer la faillite du système politique chérifien durement déstabilisé par le fort taux d’abstention des législatives du 7 septembre dernier au processus engagé par Hassan II depuis la fameuse “marche verte” qui a abouti à la colonisation du Sahara occidental. C’est dire l’embarras du régime royal qui, face à une ébullition interne aggravée par la montée des salafistes, n’arrive plus à convaincre en usant même de la “constante sahraouie”.

Alors que la dernière initiative des Nations unies d’ouvrir des négociations directes entre le Maroc et le Front Polisario représente une opportunité sérieuse qui puisse donner une véritable impulsion au processus de règlement du conflit du Sahara occidental, les spécialistes de la question sahraouie craignent que le troisième des pourparlers ne soit encore une fois sabordé par Rabat. Après avoir consommé deux étapes dans ce nouveau processus de négociations où les Marocains ont carrément violé les dernières résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, en conditionnant les discussions par l’acceptation par la partie sahraouie de la “marocanité du Sahara occidental”, des sources proches du dossier espèrent que le troisième round pose les questions de fond.
Mais dans la gestion de ce conflit, vieux de plus de 32 ans, les Marocains et particulièrement les médias proches des thèses officielles font preuve de beaucoup d’imagination pour “marketer” un vocabulaire sélectif, voire des stéréotypes sujets à controverse. Du coup, un véritable échafaudage est mise en place pour tenter d’impliquer directement l’Algérie et “bilatélariser” le conflit.
 
Les limites de la théorie  des zones grises

La situation qui se dessine implique en tout cas plusieurs paramètres. Le premier étant la “théorie des zones grises” dont l’auteur n’est que le tristement célèbre Aymeric Chauprade. Fortement médiatisé au Maroc pour son soutien aveugle aux thèses du royaume, cet écrivain, qui n’a d’universitaire que le nom, âgé à peine de 33 ans, n’a pas hésité à affirmer afin de soutenir un régime aux abois que la région du Sahara occidental susciterait de nombreuses inquiétudes telles que la prolifération des mouvements terroristes, le développement des filières criminelles, l’explosion de l’immigration clandestine en provenance de l’Afrique subsaharienne et en direction de l’Europe. 
Aymeric Chauprade ira jusqu’à évoquer de la prétendue “contamination islamiste du Polisario” afin, bien entendu, de ternir l’image d’un mouvement qui lutte pour le recouvrement de l’indépendance de son pays et dont le dossier est classé comme étant le dernier cas de décolonisation par les Nations unies. Mais le nouveau serviteur du roi oublie tout simplement de rappeler que les mouvements islamistes algériens étaient hébergés par le Maroc durant de longues années alors que Hassan II voulait faire de l’Algérie un laboratoire pour l’expérience islamiste. Pire, où s’étaient caché le premier “émir” du GIA et s’étaient réfugiés les terroristes qui ont perpétré le massacre de Beni Ounif dans la région de Ouargla en 1998 ?
Les réponses sont claires et depuis les attentats de Marrakech en 1994, où Rabat avait carrément accusé les services algériens, les relations bilatérales se sont dégradées et Alger était contraint, dans une décision extrême, de fermer ses frontières suite à une mesure similaire instaurée par les Marocains. L’histoire avait révélé, quelques mois plus tard, que l’attentat de Marrakech était l’œuvre d’islamistes franco-marocains. Alger avait alors exigé des excuses officielles inscrites dans un canevas de conditions qui devaient permettre une normalisation des relations bilatérales. Rabat, qui n’a fait jusque-là, aucun geste de bonne volonté excepté la levée de la procédure de visa imposé aux ressortissants algériens depuis août 1994, persiste toujours dans sa politique “guerrière” en encourageant implicitement le trafic de drogue à destination de l’Algérie avec tout ce que ce phénomène implique comme conséquences néfastes.

Un prolongement colonial
Le deuxième point à relever dans la stratégie marocaine s’articule autour de la soi-disant responsabilité historique qui laisse penser, bien entendu selon la lecture chérifienne, que le Sahara occidental ne serait que le prolongement du Maroc dont les journalistes militants ne ratent d’ailleurs aucune occasion de le qualifier “d’ancestral”.
En effet, en dépit de toutes les initiatives onusiennes, le Maroc semble ne pas se départir de sa position “historique” sur le dossier du Sahara et persiste à empêcher l’organisation d’un référendum d’autodétermination tel que stipulé expressément par l’ONU. Après avoir accepté le principe des élections, puis décidé unilatéralement de les reporter en posant le problème de l’identification des électeurs, signé un cessez-le-feu avec le Front Polisario, reconnaissant ainsi à ce dernier sa légitimité dans la représentation du peuple sahraoui, voilà que Rabat, aidé par ses alliés espagnols, français et une partie de l’administration américaine, va plus loin en écartant tout processus qui doit aboutir à la tenue d’un référendum d’autodétermination dans l’ancienne colonie espagnole. Pour ce faire, il met sur la table un plan d’autonomie où l’existence du Sahara occidental ne peut se faire que dans le cadre de la souveraineté du royaume.
Mais de quoi a peur réellement le Maroc en organisant un référendum d’autodétermination ?  Mohammed VI, qui avait une chance historique de rectifier le tir en acceptant la tenue du référendum, a carrément fait un saut dans l’inconnu en maintenant l’option de colonisation. C’est ainsi que lors du discours du trône le 30 juillet dernier, le monarque marocain a souligné qu’“en tout état de cause et si longues et laborieuses que puissent être les négociations, nous gardons notre main tendue en direction de toutes les vraies parties concernées par le règlement politique de ce différend artificiel dans l’espoir de les convaincre de l’opportunité historique qu’offrent ces négociations”.

Révélation de la presse sur  les islamistes et la corruption
Le discours du roi du Maroc révèle les intentions marocaines et les “lignes rouges” des pourparlers, à savoir l’intégrité territoriale du Maroc est non négociable et ne saurait être remise en cause.
Alors la question se pose d’elle-même. À quoi bon négocier, sachant que dans l’esprit des négociations diplomatiques, rien ne passe pour immuable ? Lorsque les acteurs d’un conflit s’assoient autour d’une même table, c’est pour discuter et aboutir à des compromis. Ce qui n’est pas encore le cas des dirigeants marocains qui, semble-t-il, veulent maintenir le conflit le plus de temps possible en vue de peser sur la situation interne où la menace de la montée de l’islamisme s’avère de plus en plus réelle. Rabat aura ainsi besoin d’un pare-feu assez sérieux afin de créer les diversions politiques qui puissent détourner encore l’attention du peuple marocain de ses vrais problèmes quotidiens.
Et la question du Sahara occidental sera cette “constante” qui permettra au régime de reporter aux calendes grecques le règlement des problèmes internes. Il est d’ailleurs fort intéressant de relever certains écrits parus dans la presse marocaine et qui soulignent la faillite du système politique royale. Le taux d’abstention enregistrés lors des élections législatives du 7 septembre a été un indicateur de taille. 37% de participation. Il s'agit du taux le plus bas de l'histoire du royaume. La désaffection des électeurs n'a fait que s'accentuer au fil des scrutins. Même si les islamistes sont arrivés en seconde position, la situation politique n’est guerre reluisante surtout lorsqu’on sait que l’utilisation à outrance de l’argent dans l’achat des voix dans beaucoup de circonscriptions a porté un coup fatal à la confiance des citoyens dans les institutions. Mais le chantage a dépassé certains seuils. Selon le journal Al Bayane, “le chantage est monnaie courante dans les sphères maffieuses. Des pères de famille ont ainsi vu leurs chèques de garantie changer de main pour aboutir entre celles d’un candidat sans scrupules. L’épée de Damoclès est ainsi placée au-dessus de la tête du père de famille qui est sommé de traîner toute la smala vers les urnes pour la faire voter au bénéfice du nouveau détenteur du chèque”.

La “constante” Sahraouie  ne convainc plus…
Et les exemples sont légions. Le journal poursuit en indiquant que certains candidats, élus locaux de leur état, n’hésitent pas à conditionner l’octroi de documents administratifs. Certaines autorisations valent leur pesant de bulletins de vote. D’autres élus locaux vont jusqu’à pratiquer le faux à l’échelle industrielle en légalisant des documents ante ou antidatés. Des fonctionnaires sont soudoyés pour bloquer un dossier dans le but de faire plier un grand apporteur de voix ou des filles de joies sont instrumentalisées pour piéger un rival. D’autres journaux évoquent des faits plus graves comme “les journalistes locaux, les imams de mosquée et des membres du corps enseignant sont fortement harcelés”… “Nos confrères, écrit Al Bayane, sont invités à casser du concurrent, des enseignants sont appelés à approcher les parents d’élèves… certains candidats du PJD (2e position à l’issue des législatives du 7 septembre) font dans la culpabilisation des imams. Sourates et hadiths sont débités pour stigmatiser “al mal haram” d’ici bas. Ce même “al mal haram” qu’ils n’hésitent pas eux-mêmes à déployer tous azimuts. La presse marocaine, qui qualifie la course à la députation de “chasse à l’immunité-impunité” s’interroge aujourd’hui sur le devenir des institutions ou même ceux qui sont élus sont discrédités. Et dans ce sens, le journal   La Gazette met les pieds dans le plat en remettant en cause le processus de guerre, initié par Hassan II depuis 1975, en soulignant : “Voici trente ans que le Maroc se frotte au suffrage universel législatif. Au lendemain de la marche verte, feu Hassan II avait annoncé l’avènement de ce qu’il a appela le "Maroc nouveau"… Le processus démocratique pouvait ainsi démarrer dans un environnement politique marqué par le consensus autour de l’intégrité territoriale et consubstantiellement par la décrispation des rapports entre le Palais et les partis historiques… Trente ans après, la problématique de la sincérité des élections continue à être posée.” Ce qui signifie clairement que le conflit du Sahara occidental, inscrit comme une question nationale depuis 1975, ne constitue plus une unanimité de la classe politique marocaine ou pouvoir et opposition n’arrivent plus à convaincre des électeurs, harassés par la cherté de la vie et la corruption généralisée des institutions et des partis y compris les islamistes, de la nécessité du maintien des troupes au Sahara occidental. Et cette situation risque de connaître dans les prochaines années d’autres bouleversements lorsqu’on sait que la mouvance salafiste exploite tous ces ingrédients pour relancer le terrorisme.  

Entre soutiens factices  et recherche du statut quo
Le troisième aspect relève de la scandaleuse manipulation de certains médias marocains dont la ligne éditoriale est dictée par le Palais royal. Jouant sur l’arithmétique, les médias marocains diversifient les formes journalistiques pour tenter de faire croire que des responsables américains, français et espagnols ont apporté un appui à la proposition marocaine portant sur l’autonomie. Ce qui n’est pas totalement faux dès lors que ces trois pays soutiennent le régime de Rabat pour un certains nombres de considérations géostratégiques dont la coopération militaire notamment, mais il n’en demeure pas moins que ces pays restent attachés aux résolutions onusiennes. Il faut dire que le marketing à outrance du plan d’autonomie qui, selon la presse marocaine, a reçu le soutien nécessaire de la communauté internationale, a beaucoup joué contre le Palais royal dès lors que la campagne médiatique ne reflétait pas la réalité surtout lorsque des responsables marocains affirment que le dit plan serait à l’origine de la nouvelle dynamique qui a permis d’enclencher les négociations en cours. C’est d’ailleurs méconnaître la dernière résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui, tout en affirmant avoir pris acte des propositions marocaines, souligne la nécessité d’organiser un référendum d’autodétermination qui puisse permettre au peuple sahraouie de choisir entre l’indépendance et son rattachement au Maroc.
Il faut dire que dans l’attente du troisième round, les médias marocains présentent le Maroc comme “un pays stable et uni derrière le jeune roi pour contrecarrer ses ennemis qui veulent entraver la réalisation de l’unité territoriale”.
Voilà à nouveau une campagne qui révèle les intentions du roi sur la question du Sahara occidental. Des intentions qui ne tranchent pas avec ses positions “autonomistes”. Il est vrai d’ailleurs qu’après les lectures sélectives de la résolution de l’ONU d’avril dernier, il ne faudrait pas s’attendre à des dispositions plus positives des Marocains sur un fait colonial de plus de 32 ans…
.Salim Tamani

 

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